lundi 12 septembre 2016

Les signaux faibles de la fermeture d'Alstom Belfort

L'affaire est simple et les signaux clignotent depuis longtemps

  1. le coût du travail est tel que Alstom se doit de délocaliser ses emplois que ce soit en inde ou au Etats-Unis
  2. les acheteurs (Inde, Etats-Unis) ne veulent pas perdre d'emploi et exige de la fabrication locale. Alstom élargit sa prestation à la vente de services dont la signalisation dont une partie sera fabriquée à Belfort. C'est d'ailleurs un changement de modèle économique pour Alstom
  3. les ouvriers de Belfort ne parviennent pas à vendre leur maison car le coût de l'immobilier est trop élevé en France. C'est d'ailleurs le premier budget des ménages. Depuis des années, on ne construit pas les 500.000 logements nécessaires annuellement. On en est entre 300 et 350.000 logements.
  4. les femmes des ouvriers craignent de ne pas trouver d'emploi ailleurs car le marché du travail est bloqué.
  5. les ouvriers sont âgés et ne veulent pas déménager car l'entreprise n'embauche pas de jeunes comme il n'y a pas de perspective de contrats suffisants
  6. la SNCF dont l'Etat est actionnaire majoritaire confie des locomotives à construire à une entreprise allemand

Alstom est la caricature de l'économie française bloquée depuis 40 ou 50 années qui perd ses emplois industriels

Et le réveil de l'Etat à la dernière minute raconte bien son incompétence.

vendredi 3 juin 2016

Signaux faibles du 27 mai : Le Chablis et le climat maitrisé

Après le gel dans la nuit du 26 au 27 avril 2016 (20% des vignes concernées), la grêle le 13 mai (10%) et à nouveau le 27 mai, le Chablis a subi de très gros dégâts. Le gel avait concerné le tiers du Bourgogne mais aussi le Val de Loire, le Champagne et même la Provence. La grêle du 27 mai a aussi concerné des milliers d’hectares du Cognac. Les pertes financières sont importantes et les viticulteurs sont peu assurés. Contre le gel, il y a bien eu des « chaufferettes » pour chauffer les ceps, des aspersions de brume d’eau pour créer une coque de glace protectrice autour des bourgeons. Contre la grêle, il y a bien des filets anti grêle. Toutes ces protections sont coûteuses en main d’oeuvre et en investissement. Or la marge à l’hectare est élevée. Et plus le temps passe, plus elle augmente tant ces vins sont mondialement réputés avec un nombre de consommateurs en constante augmentation.

Certes, à partir de 2016, la surface du vignoble en France pourrait augmenter chaque année de 1%. Mais globalement le vignoble mondial accroit ses surfaces et sa production. Reste que le vignoble français domine par sa qualité qu’il est sans cesse en devoir d’augmenter et garantir.

Dès lors, comment protéger les vignes, comment lutter contre les aléas climatiques qui se multiplient ?

Ce que l’on fait à Londres ou à Pékin – faire pleuvoir ou déplacer des nuages - on peut le faire pour les vignobles ; c’est un choix économique. Concernant les mégapoles, dans les 20 ans qui viennent, celles-ci auront les moyens et la volonté de préserver leur air. Paradoxalement, ces sont les mégapoles qui seront les espaces les plus sains. Ainsi Airparif (11 mai 2016) a constaté des niveaux de pesticides comparables dans la région Ile-de-France en ville comme en zone agricole. Ce n’est pas le stockage de certains produits interdits par des particuliers en ville qui détermine cette proximité de niveau mais bien les vents qui répandent les pesticides agricoles en ville. D’ici peu, d’une part la réglementation limitera et conditionnera l’utilisation des pesticides agricoles, d’autre part les villes contrôleront la répartition aérienne de ces pesticides. Les mégapoles deviendront des espaces de plus en plus artificiels que l’homme comme les vents, les précipitations, la pureté de l’air, etc.

Ces techniques de maitrise relative des excès du climat trouveront des applications plus ponctuelles par exemple dans les régions de vignobles et pourquoi pas dans le Chablis. Soyons rassurés pour demain. À votre santé … modérément.

Mon dernier livre sorti en mai 2016 Notre futur anticipé par les signaux faibles

samedi 28 mai 2016

Signaux faibles du 23 mai 2016 : le marché mondial de l’occasion

Ce lundi 23 mai, je prends ma voiture pour aller dans l’Est de la France. Et comme souvent, j’ai un passager via BlaBlaCar. Chaque passager – ou blablateur – est une page de vie. Ce garçon a 19 ans, il est étudiant en BTS à Versailles, et vient de la région d’Argenteuil. De sa classe de terminale, il est le seul à faire une formation diplômante. Les autres merdoient en fac, perdus dans un univers où ils sont livrés à eux-mêmes, incapables d’organiser leur travail. Ils quittent la fac pour trouver un travail, un petit boulot. « Les autres », ce sont les garçons. Les filles sont plus organisées, sortent moins et étudient mieux. Les études INSEE confirment ses propos.

L’éducation en France est dans un état catastrophique. Nous en convenons Et cela commence dans le primaire. Une idée nous vient : et si tous ces retraités qui arrivent sur le marché devenaient disponibles pour les écoles, s’ils venaient soutenir les instituteurs, pardon, les professeurs des écoles (j’ai l’impression que depuis que ce mot – instituteur - a disparu, l’école est en baisse) aussi bien pendant les heures de cours, qu’après. Bénévolement. Mais pour sauver non pas l’école mais les élèves ! Un plan Orsec de l’école en quelque sorte. Pas besoin de lois, juste de la foi et de l’opérationnalité immédiate. On prend bien n’importe qu’el diplômé pour enseigner !!!

Je l’interroge sur sa formation : technicien machine. Il veut réparer les machines. Formidables ! dis-je, vous trouverez toujours du travail. Plus il y aura des robots, plus il y aura de techniciens machines. Dans la Guerre des Etoiles les machines n’ont pas besoin d’entretien, pas dans la vraie vie. James Bond ne va jamais aux toilettes ni ne mange. Pas dans la vraie vie. Tous les pays qui jouent les premiers la carte des robots sont en plein emploi (Allemagne, Japon, Corée, …). Et que va-t-il faire dans l’Est ? Son père achète des machines d’occasion, les remet en état et les revend dans des pays arabes comme l’Egypte où ces machines remises à neuf ont un niveau de performance attendu. Il va voir si une machine proposée vaut la peine d’être achetée. Cela me rappelle un ami qui récupérait des usines considérées comme dépassées en France et les installait en Afrique. Et cela me fait penser à la Logan que Louis Schweitzer avait du imposer à son bureau d’étude Renault : le marché n’est pas fait que des derniers modèles, les plus techniquement d’avant-garde. Il ne faut pas perdre de vue que le rapport qualité/prix/usage n’est pas que pour le plus haut de gamme …

Les trois heures se sont vite écoulées et l’un et l’autre nous sommes réciproquement enrichis. Signaux faibles ou forts …

Je repars en plongée. Rendez-vous la semaine prochaine … pour démontrer l’inverse.

Mon dernier livre sorti en mai 2016 Notre futur anticipé par les signaux faibles

samedi 21 mai 2016

Signaux faibles des 18 et 19 mai 2016 : Brexit ou pas, l’Angleterre attire.

Le 19 mai, Technip , le leader mondial des pipeline sous-marin et des plates-formes en mère fusionne avec l'américain FMC, leader mondial des systèmes sous-marin pour la production de pétrole et de gaz. Les prestations sont complémentaires et feront économiser jusqu'à 30 % du coût du système. Le siège de la nouvelle société sera à Londres. C'est là que le bât blesse. Non que la France perde des leaders mondiaux, elle en achète d'autres par exemple en Italie, mais le niveau d’attractivité de la France baisse depuis 30 ans et aujourd'hui c'est Londres, l'Allemagne, Bruxelles, qui attirent les sièges des grandes entreprises. Brexit ou pas.

Le 18 mai, le conseil d'analyse économique constate que l'émigration des Français concerne de plus en plus les 25-55 ans. Si l’émigration est plus importante en Allemagne et en Angleterre, en France elle n'est pas compensée par une immigration de niveau comparable ce qui fait que la France forme des personnes dont la contribution au système fiscal et social devient négative. Il y a là un très clair problème d'attractivité de la France pour ses actifs qui cherchent un emploi à l'étranger souvent mieux rémunéré que s'il était en France. Et le Brexit envisagé fait que de nombreux Français demandent la nationalité anglaise.

Ce même 18 mai, le ministère de l'éducation constate que l'illettrisme progresse en France et concerne un jeune Français sur 10. Il a même augmenté en 2015 par rapport à 2014. Cela ne fait que confirmer, malheureusement, les résultats des études Pisa successives qui voit descendre la France dans le classement portant sur l'éducation des pays de l'OCDE.

On pourrait ajouter que vers le 17 avril, le fisc constatait que les hauts revenus (foyers fiscaux de plus de 300.000€) émigraient. Brexit ou pas. L’une des réponses Françaises à ces départs dont l’Etat refuse de prendre officiellement la mesure, est le succès de l’éducation. Demandez à l’une des principales concentrations françaises de formation comment cela progresse. C’est le plateau de Saclay, là où est l’X, HEC, Supélec, Paris-Saclay … Le Stanford à la française baigne dans le futur de Courteline. A pleurer.

Je repars en plongée. Rendez-vous la semaine prochaine … pour démontrer l’inverse.

Mon dernier livre sorti en mai 2016 Notre futur anticipé par les signaux faibles

dimanche 8 mai 2016

One more thing : la conférence pour transmettre les signaux faibles et le futur

« One more thing » disait Steve Jobs en fin de conférence (« keynote ») pour annoncer l’essentiel …

Mon métier est prospectiviste et conférencier. Chacune de ces chroniques est potentiellement un sujet de conférence. J’interviens le plus souvent en entreprise. Les entreprises me demandent de quoi leur futur sera fait. Corrigeons : leurs futurs. Elles ne demandent pas de la conversation de comptoir, de la science fiction. Elles demandent des faits objectifs qui peuvent les aider à imaginer leurs futurs. Je me fonde sur les signaux faibles. Et l’analyse des signaux faibles ouvre aux futurs, à des hypothèses de prospective, dans un sens comme dans le sens inverse. La prospective ouvre aux futurs, la stratégie de l’entreprise choisit un futur.

Evidemment, intervenir devant 10 personnes n’est pas intervenir devant 200 ou 1.000 personnes. Disposer de 14 mn est différent de disposer de 40 mn et de répondre à des questions pendant 40 autres minutes, voire de disposer de 2 heures, de 4 heures. Chaque format connait sa préparation, sa réponse. L’entreprise attend avant tout de l’éveil et de l’argumentation. Elle attend de l’ouverture. Une remise en cause de ses acquis. L’entreprise attend que les équipes modifient leurs regards sur leurs quotidiens, sur le présent, voire sur le futur en marche ; il faut être le premier, pas la copie. Les attentes de la conférence sont fortes, elles ne doivent pas être déçues car le temps est précieux.

La conférence est un format qui se prête très bien à l’exercice. Dans la postface, Christine Morlet, détaille avec talent le métier de conférencier.

Dans un temps court, les participants reçoivent de nombreuses informations, tant en questionnements qu’en réponses, mémorisées par aphorismes ou images chocs. Pratiquer une étude de prospective sur trois ou six mois sera plus complet, certes, mais ouvrir au futur dans le format conférence aide à découvrir et éclaircir les futurs. C’est souvent inattendu et encourageant. L’exercice régulier de rédaction de la Lettre des Signaux Faibles et de la chronique de La Tribune m’oblige à imaginer les signaux faibles et les futurs en langage très compréhensible et mémorisable.

C’est dans ce contexte qu’il a fallu élargir le recueil de signaux faibles aussi bien au technique qu’au social, à l’économique, à l’environnemental, à l’individu, au politique, à l’international, etc. Les signaux faibles que l’entreprise veut entendre se doivent d’être les plus récents. C’est dans cette attente de prospective, de futurs qu’il faut apporter à l’entreprise des réponses originales, adaptée à sa personnalité, différentes du « politiquement correct », des poncifs habituels. Le futur n’est pas subit, c’est un choix.

Ce recueil de chroniques est quasiment autant de sujets de conférences. Bonne lecture et imaginez la conférence qui va avec …

Notre futur anticipé par les signaux faibles. Editions Kawa, 2016.

lundi 2 mai 2016

Parmi les dernières conférences que j'ai faites

Génération X, génération Y, puis génération Alpha, génération Bêta

L’algorithme est prédictif de la continuité du passé

• L’homme n’est pas un algorithme

• Fingularity puis speakularity puis thinkularity … __avant la singularity ? __ • QI et QE, la bataille entre l’intelligence et l’émotion

La guerre des pétaflops

• Robotcène ou cyborgcène ?

• En distribution, le critère temps est oublié

• La fin de la voiture personnelle

• Après l’économie collaborative, l’économie autonome

• Entreprise libérée ou entreprise autonome ?

• Blockchain et chatbot, les maillons forts de l’économie autonome

• Les médias font l’opinion, les électeurs font la démocratie

• Les générations senior, cador et mentor

• Les RH en 2035, le commerce en 2035, les déplacements en 2035, les entreprises en 2035, les vieux en 2035, etc.

dimanche 1 mai 2016

Entreprise 2035

Imaginons l'entreprise en 2035.

Dans environ 20 ans. Avant de faire ce saut dans le futur, retour il y a 20 ans, en 1995. Jacques Chirac est élu président de la République…

Curieusement, nous sommes à la veille de la grande évolution informatique. Internet n'existe pas. Le fax, qui a un peu plus de 10 ans d'âge, est un moyen de communication bien commode. Les bureaux sont envahis d'écran d'ordinateur volumineux et sous les meubles il y a des tours imposantes. Les ordinateurs portables ce multiplient. Il pèse parfois moins de 3 kg. Quand au téléphone portable, il fait son apparition après l'échec du Bibop, on le porte à la ceinture et il pèse moins de 300 g. Nous sommes aussi à la veille de la seconde mondialisation (la première étant celle du début du XXe siècle).

Dans des domaines plus éloignés de l'entreprise, on découvre le cinéma multiplexe, le DVD, la brebis Dolly, Deep Blue bas Kasparov aux échecs, ... Avouons-le, il y a seulement 20 ans, c'était une toute autre époque. Donc en 20 ans, en 2016, l'informatique a perdu en volume, en poids, gagné en puissance, en rapidité. Internet est devenu la règle grâce à des centaines de satellites. Google, né en 1998, est devenu la première capitalisation mondiale de la bourse en 2016. Les échanges mondiaux sont courants. Les avions couvrent le ciel et sont moins chers. Les entreprises chinoises font leur marché en Europe. On peut fabriquer des produits à l'unité grâce a l'imprimante 3D. Les clients prennent le pouvoir avec l'économie collaborative. Les réseaux sociaux facilitent toutes les communications et obligent à travailler de manière de plus en plus transparente.

Dans des domaines plus éloignés de l'entreprise, Netflix et mondial, la génétique ne cache plus ses secrets, les cellules souches sont porteuses d'espoir, et AlphaGo a battu le champion du monde de jeu de Go ... Si nous sommes si impressionnés des progrès réalisés en 20 ans, la rapidité, l'accélération des changements ces dernières années laissent à penser que les 20 prochaines années, 2035/2036, nous étonnera encore plus.

Sautons en 2035/36

Concernant le matériel donc tout ce qui concerne les outils que nous utilisons chaque jour, ils seront très petits, voire ils vont disparaître de nos yeux, il n'y aura plus de fils électrique, ils seront soumis au bon vouloir de l'homme. La manière d'y arriver est en marche, nous parlons de plus en plus à nos ordinateurs et téléphones. C'est le temps de la "speakularity". Les fonctions du clavier ce sont réduites. Il ne subsiste quasiment plus que l'écran. Encore faut-il que nous en ayons besoin. Il sera mécaniquement entré dans une copie de stylo, où sera projeté par une bague ou nos lunettes. L’étape suivante, la « thinkularity », la pensée de l’homme dirige son informatique, commence à faire son apparition industrielle. Cette évolution de nos outils va profondément modifier l'aménagement du cadre de travail. Nous sommes dans un temps où les opérations dites mécaniques, sont largement réalisées par les algorithmes est surveillées par des hommes. Toutes les opérations fondées sur le quotient intellectuel, le QI, que ce soit dans la médecine, dans la recherche, dans l'art, etc. sont prises en charge par ces algorithmes. L'homme est orienté essentiellement vers les fonctions de QE, de quotient émotionnel, de l’entreprise ce que les algorithmes ne savent pas traiter.

La suite http://www.rh-m.com/fr/

lundi 21 décembre 2015

Chronique de la Tribune du 4 septembre 2015 : De la guerre des étoiles de Reagan à la guerre des pétaflops d’Obama

De la guerre des étoiles de Reagan à la guerre des pétaflops d’Obama

C’est en 1983 que Ronald Reagan lança la Guerre des étoiles (IDS : initiative de défense stratégique) contre l’URSS. Le 29 juillet 2015, Barack Obama crée l’IISN (initiative informatique stratégique nationale, NSCI en américain). L’objectif est d’accroitre la puissance de calcul américaine pour répondre aux nouveaux défis économiques et des possibilités technologiques des concurrents, donc de … la Chine. Il s’agit de créer un supercalculateur de 1.000 pétaflops. Un pétaflop, c’est un quadrillon ou un million de milliard d’opérations arithmétiques par seconde, 1015 flops. Cela fait beaucoup …

Que se passe-t-il en réalité. Le supercalculateur est le symbole même du bigdata, des données massives, de l’explosion du numérique. Traiter rapidement le maximum de données, c’est répondre le plus vite à la météo, à la médecine, à l’industrie, à la gestion des villes, à l’énergie, ou au Humain Brain Project. Le supercalculateur le plus puisant au monde est chinois : Tianhe-2. Il a une puissance de 33,86 pétaflops depuis 2013 alors que les États-Unis ont une baisse de leadership depuis une quinzaine d’années sur les supercalculateurs, ils restent leader en puissance déployée. Le plus puissant des calculateurs américain, Titan, n’atteint que la moitié de la puissance de Tianhe-2. Pour atteindre 1.000 pétaflops, il faudrait 5 à 10 ans et un budget de 3 milliards de dollars. Obama a fixé 90 jours pour recevoir un plan de mise en œuvre du NSCI. Autant dire qu’il y a urgence !

Or début juillet, l’Arabie Saoudite annonce la mise en service d’un supercalculateur, Shaheen II (construit par Cray) de 5,5 pétaflops, soit le 7ème plus puissant au monde, à côté de la Chine, des Etats-Unis, du Japon et de l’Allemagne. Cette entrée parmi les grandes puissances informatiques du monde a été une surprise, Surprise qui en annonce d’autres. Incontestablement, la puissance et vitesse de calcul sont des baromètres de l’efficacité potentielle économique et technologiques des États.

Et la France ? Le supercalculateur le plus puissant est le Pangea (construit par SGI) chez Total à Pau, 2 pétaflops. En 2010 ; le Terra-100 du CEA atteignait pour la première fois en France un pétaflop. 25 pétaflops est annoncé pour 2017 par Bull (qui appartient à Atos depuis 2014) pour le CEA. Il devrait consommer 20 fois moins que Tera-100 rapporté à sa puissance. La France n’est donc pas à la traine et compte avec Bull un acteur majeur dans cette course.

La guerre des pétaflops sonne bien plus pacifiquement que la guerre des étoiles … heureusement ! Je repars en plongée. Rendez-vous la semaine prochaine … pour démontrer l’inverse.

mercredi 18 novembre 2015

Chronique de la Tribune du 26 juin 2015

Chaque semaine depuis 2013, je publie dans wwww.latribune.fr une chronique. En voici le lien direct http://www.latribune.fr/blogs/signa...

La loi Norcam après la loi Macron

Classiquement, dans un exercice de vision, de prospective, je demande aux entreprises « si vous créeriez votre entreprise aujourd’hui, que serait-elle ? ». Les réponses des entreprises vont d’abord sur ce qu’elles ne feraient plus, puis sur ce qu’elles anticipent. Gap qui ferme 175 magasins, le quart du réseau, ne se multiplierait pas dans tous les centres commerciaux américains, s’affirmerait sur Internet et créerait une collection par quinzaine. En 2006 - il y travaillait depuis 5 ans au moins - Elon Musk annonçait pour 2011 une révolution pour l’industrie spatiale. Sa démarche ne fut pas d’améliorer par benchmark les meilleures pratiques de l’époque donc Arianespace, mais d’imaginer les besoins de l’espace à 2015 au moins et d’y répondre : industrialiser les lancements de satellites et de microsatellites. Résultat : SpaceX met un satellite sur orbite à moitié prix de Arianespace (60 millions de dollars contre 120) avec une qualité comparable. Créer son entreprise aujourd’hui, c’est se débarrasser des scories du passé, partir des fondamentaux de son métier et s’imaginer à 10 ans pour être le premier et non la copie.

La loi Macron fonctionne par benchmark : comment améliorer l’existant en se fondant sur les bonnes pratiques. Elle concerne un pays et concilie – même avec le 49-3 – différentes sensibilités politiques. Pourtant – et c’est bien la première fois que cela a lieu – il y a un appel de au retour aux fondamentaux…

Robert Badinter, ex-garde des Sceaux et ancien président du Conseil Constitutionnel et le juriste Antoine Lyon-Caen (membre de la commission Combrexelle sur le dialogue social en entreprise, rapport attendu en septembre prochain) proposent un retour aux fondamentaux pour le Code du travail par refonte du corpus du Code en 50 articles contre 8.000 actuellement !. Badinter et Lyon-Caen constatent que Macron 1, puis Macron 2, puis … n’iront ni assez vite, ni assez loin et finalement n’iront pas à l’essentiel. Ils font du Musk : se débarrasser des scories du passé, revenir aux fondamentaux. C’est la première fois qu’un appel est lancé en France à ce niveau de compétences pour que le pays revienne à l’essentiel. Badinter et Lyon-Caen interpellent l’État comme d’autres le font avec les entreprises : « si vous créeriez le Code du travail aujourd’hui, que serait-il ? ».

Badinter et Lyon-Caen ne veulent pas passer la France au polish, à la loi Macron, au contraire ils veulent revenir aux fondamentaux et faire la loi Norcam. Il restera à la France comme pour Musk de s’imaginer à 10 ans au moins pour être la première et non la copie.

Je repars en plongée. Rendez-vous la semaine prochaine … pour démontrer l’inverse.

lundi 16 novembre 2015

Chronique de la Tribune du 3 juillet 2015

Chaque semaine depuis 2013, je publie dans wwww.latribune.fr une chronique. En voici le lien direct http://www.latribune.fr/blogs/signa...

À quand l'an II du vélo

En 2014, il y a en France près de un tué chez les cyclistes pour dix tués en véhicule de tourisme (qui représentent eux-mêmes moins de la moitié des tués de la route). Et le taux est le plus élevé de croissance du nombre de tués de tous les moyens de déplacement devant les usagers de véhicules utilitaires et les piétons. Tous les âges sont concernés de moins de 14 ans à plus de 75 ans contrairement à toutes les autres catégories plus typées par âge (source : Sécurité Routière, bilan2014).

Lorsque le nombre de tués baissera nous serons dans l'an II du vélo.

Le vélo est comme le déplacement à pied le mode de déplacement doux par excellence. Il ne produit ni de CO2 ni de bruit. Il procure de l'activité physique excellente pour la santé. Et globalement, le cycliste est heureux. Depuis une quinzaine d'années, le vélo s'est multiplié dans les villes par volonté municipale. Si quelques villes comme Strasbourg l'avaient intégré depuis de nombreuses années, d'autres comme Paris l'ont plaqué sans préparation des cyclistes à la bonne conduite, ni des automobilistes d'ailleurs, avec des voies marquées comme des routes de campagne, des voies de bus comme des sens interdits tantôt autorisés tantôt pas, et pour Paris des vélos gris sans âme. C'est ainsi que le nombre de tués de cyclistes a augmenté. Que faut-il faire pour passer à l’an II ?

Il faut donner à la ville, à la campagne, le sourire du cycliste. Il faut créer des voies autonomes directement identifiables avec douceur (certaines villes les colorent en rouge ou en vert), identifier la circulation, créer des abris, apporter du design (fonctionnalité, formes, couleurs). Bref faire changer le regard sur le cycliste et avec son aide. D'ailleurs la multiplication des esthétiques et des fonctionnalités de vélos pour transporter les enfants, l'assistance électriques, des formes de plus en plus audacieuses contribuent fortement à changer le regard. Des entreprises font baisser le compte CO2 de déplacement des salariés en encourageant l'usage du vélo. La ville et la campagne douces sont en marche. Vivement l'an II du vélo.

Je repars en plongée. Rendez-vous la semaine prochaine … pour démontrer l’inverse.

lundi 9 novembre 2015

Chronique de la Tribune du 18 octobre 2015

Ne posons plus de rail

Le Congrès Mondial des Transports Intelligents (ITS) de Bordeaux a démontré que le véhicule autonome (voiture, camion bus), géoconduit, est pour bientôt, ralenti seulement par la législation, c’est l’affaire de 10 ou 15 ans. En 2030, on ne se déplacera plus comme en 2015. Le chantier des transports du Grand Paris vient d’être lancé avec le tunnelier Magaly pour une prolongation de la ligne 14 vers 2025. Est-ce une bonne solution ?

Cela fait penser à la Bibliothèque Nationale François Mitterrand, ouverte en 1996. Elle a été initiée en 1988 comme devant être « l’une ou la plus grande et la plus moderne bibliothèque du monde » (intervention du 14 juillet 1988). C’était sans compter sur Internet et son développement fulgurant. Elle est devenue un symbole du passé, stockant des livres à la lumière et ignorant la numérisation à sa conception : la dernière grande bibliothèque du monde.

Le rail est semblable au livre. Chacun s’accorde à penser que la construction des LGV Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Pau sont des non-sens économiques en plus de déstabiliser des vignobles. D’ailleurs globalement, le TGV est une charge que ce soit pour la SNCF ou anciennement pour RFF. Comble d’ironie, Paris-Bordeaux coûte moins cher en bus ou en avion qu’en train. De même, chaque ligne de tramway en France a coûté environ 300 à 400 millions d’euros dont les municipalités savent qu’elles sont des charges. Effet pervers des tramways de villes de province, comme Clermont-Ferrand, plutôt que de contribuer à la diminution du trafic automobile, elles ont encouragé l’étalement urbain pavillonnaire qui est une catastrophe environnementale (consommation de terres agricoles et multiplication du parc automobile).

Le rail est né de l’anthropocène, de la machine à vapeur de James Watt. L’anthropocène a développé la ville, le salariat et la pollution, et a réduit les distances. Et l’anthropocène se termine. La pollution est combattue, le salariat devient une option, la ville est installée, la réduction des distances pourrait devenir un luxe. Le rail (train, métro, tramway) coûte cher à entretenir. Les accidents de Brétigny, de Philadelphie et bien d’autres encore montrent l’insuffisance de l’entretien du rail et son dépassement technique. Le rail est sans doute le moyen de transport le plus cher à installer, à entretenir, à faire évoluer. C’est le système de transport le plus rigide. L’échec du fret par rail en France en est la démonstration singulière. Faut-il multiplier des lignes comme les RER de Paris ? Saturées ? Dépassées? Imaginons le monde de 2030 et ne posons plus de rail.

Je repars en plongée. Rendez-vous la semaine prochaine … pour démontrer l’inverse.

lundi 29 juin 2015

Chronique de la Tribune du 5 juin : Des emplois par millions mais comment

Des emplois par millions mais comment

Des esprits iconoclastes défendent l’idée que le numérique et Internet ne contribuent ni à la hausse du pouvoir d’achat, ni à la hausse de l’emploi, voire à sa destruction ! Soit. Si l’on admet que l’informatique n’est pas pour rien dans le développement du monde, si 800 millions de personnes souffrent de la faim en 2015 contre 1 milliard en 1990 alors que la population mondiale a augmenté de 2 milliards d’habitants, on peut légitimement penser que les progrès techniques et numériques ont globalement permis d’améliorer la vie de milliards d’individus. D’autant que ce sont la Chine et l’Inde qui ont fait le plus de progrès contre la faim dans ce temps.

Le numérique destructeur final d’emplois concernerait surtout les États-Unis et les pays développés. Soit. Mais pourquoi alors le taux de chômage est-il si bas aux États-Unis ? Pourquoi y a-t-il une croissance de population de 0,7% l’an, comme au Royaume-Uni (contre 0,5% en France) ? Nous sommes de fait dans un tournant de l’emploi – et de société. D’une part il y a le développement spectaculaire des GAFA : Google, Amazone, Facebook et Apple. Développement spectaculaire qui modifie notre vie quotidienne rapidement, spectaculaire car ces acteurs promettent un futur inquiétant de robots, donc sans emplois. L’emploi des GAFA est très spécialisé, générationnel pourrions-nous dire. Il n’y a pas au monde que les GAFA, il y a leurs équivalents chinois et les nuées de start-up toutes plus inventives les unes que les autres dans le numérique. Il y a aussi une foultitude d’entreprises « traditionnelles » bousculées par de nouvelles générations d’entrepreneurs comme Michael O’Leary (Ryanair), Elon Musk (SpaceX, Tesla). Là aussi, les emplois sont nombreux et qualifiés.

Et puis, il y a une demande d’emplois peu qualifiés par millions dans quatre domaines : la santé, les personnes âgées, l’agriculture raisonnée et le tourisme. Il faut résoudre un tournant de société à deux inconnues majeures : d’une part, tout le monde n’a pas la compétence de faire des études et tout ceux qui ont fait des études ne trouveront pas nécessairement un emploi à la hauteur des études faites, d’autre part comment faire cohabiter dans une même société des employés qualifiés et des employés peu qualifiés, les premiers potentiellement largement mieux pays que les seconds. Chaque État, ou groupe d’États comme l’Europe, a son modèle social. Mais on voit bien dans les vingt ans qui viennent avec un équilibrage relatif de la richesse des États que cette question est mondiale. À moins de vivre dans des États bunkerisés. Je repars en plongée. Rendez-vous la semaine prochaine … pour démontrer l’inverse.

mercredi 6 mai 2015

Chronique de la Tribune du 13 avril 2015 : A quand la France musulmane ?

« Soumission » de Michel Houellebecq (chez Flammarion) est toujours dans les meilleures ventes françaises comme italiennes ou allemandes. Ce livre imagine la France de 2022 présidée par la Fraternité musulmane avec le PS et l’UMP contre le FN. Soit. C’est une œuvre de fiction. Mais que disent les chiffres sur la population musulmane de France quand bien même il y a des chiffres car la loi interdit les comptages ethniques, religieux.

La France comporte de nombreux immigrants musulmans avec une descendance nombreuses. L’enquête de l’INED Trajectoires et Origines (TeO) de mars 2010 sur les 18-50 ans montre que les enfants de deux parents immigrés, hors les Portugais, sont selon leur nombre par ordre décroissant, originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et de Turquie et en pourcentage d’origine de l’ordre inverse de ces pays. Plus les immigrés sont jeunes, plus les pays cités sont représentés (25% des 36-50 ans, 35% des 26-35 ans, 40% des 18-25 ans). Cependant, avec l’effet générationnel, les immigrés se rapprochent de la moyenne nationale de ménages de 2,3 personnes. L’immigration change de visage. En 2012 (Insee Première n°1524, novembre 2014) 46% des immigrants sont européens, 30% africains, 14% asiatiques, 54% sont des femmes, 63% ont des diplômes au moins du niveau bac.

Quant aux religions, le chiffrage est également interdit. À observer les chiffres officiels concernant l’islam, en 20 ans (Bruno Etienne, sociologue, en 1989 : 2.5 millions, Michèle Tribalat, démographe, en 2003 : 3.7 millions, estimation 2012 : 5 millions), le nombre de musulman augmente de 125 000 par an… ce qui est peu possible compte tenu d’un solde migratoire sur cette époque de l’ordre de 100.000 par an sauf conversions en nombre. Sauf aussi à imaginer que face aux 200.000 immigrants annuels de 2004 à 2012 (Insee Première n°1524, novembre 2014), les 100.000 émigrants (et les décédés) sont très majoritairement non musulmans. Le nombre de 5 millions est sujet à caution.

Selon l’INED (juillet-août 2008) la pratique du catholicisme est en déclin : 8% des femmes catholiques (56% de la population, CSA 2012) assistent à une messe au moins deux fois par mois en 2008 (7% Ifop 2012), 35% des hommes musulmans vont au moins deux fois par mois à la mosquée. Or le catholicisme est déclinant (« une déchristianisation brutale en 50 ans », La Croix, 10 octobre 2012) alors que la pratique de l’islam se répand rapidement et visiblement. La simple lecture de ces chiffres laisse imaginer que le nombre de pratiquants de ces deux religions sera effectivement identique d’ici une décennie.

Je repars en plongée. Rendez-vous la semaine prochaine … pour démontrer l’inverse.

samedi 28 mars 2015

La sousveillance

Je dois à Yolaine de Linarès, directrice de la prospective sociétale de L’Oréal, de vous faire connaitre la « sousveillance ». Elle en a brièvement parlé lors d’une conférence organisée par les élèves de Skema Business School. J’extrapole donc.

La sousveillance est l'action de sousveiller.

Je vous propose une définition de sousveiller.

Sousveiller c’est observer avec une attention soutenue à partir de la conception, de l’... par des acteurs indépendants de liens financiers ou hiérarchiques

dimanche 22 mars 2015

Chronique de la Tribune du 6 mars 2015 : Pourquoi l'Uberisation de la société

Chaque semaine depuis 2013, je publie dans wwww.latribune.fr une chronique. En voici le lien direct http://www.latribune.fr/opinions/bl...

Pourquoi l’Uberisation de la société ?

Le succès de Uber a donné lieu à ce néologisme de Uberisation de la société. Valoir 40 milliards de dollars en moins de 5 ans d’existence est proprement stupéfiant surtout si le chiffre d’affaires n’est que de un milliard de dollars mais concerne des milliers d’ « emplois » dans le monde. Je propose une interprétation à ce succès.

L’économie mondiale est en mutation : le temps vaut plus que le capital. Les XIXème et XXème siècles sont une parenthèse de l‘histoire économique et sociale. La révolution industrielle a conduit les hommes à devenir salariés. Depuis 1945 environ, le salarié est passé d’une rémunération à la tâche à une rémunération mensuelle, en France CDI. Le secteur primaire – agriculture pour l’essentiel – dominait avant la révolution industrielle, a été dépassé par le secteur secondaire (cols bleus de l’industrie), puis par les cols blancs du tertiaire. Le tertiaire lui-même (vers les 70/80% des emplois) a donné naissance aux activités sous-traitées (le quaternaire) comme le juridique, la finance, les études, la publicité. Et finalement, apparait aujourd’hui le quinternaire (la recherche, la créativité et l’innovation). L’entreprise devient de plus en plus quinternaire qui valorise la recherche intellectuelle dont j’ai expliqué dans d’autres chroniques qu’elle différencie l’humain du robot (voir le robotcène). Le quinternaire demande plus de temps que de capital. Le temps vaut de plus en plus cher. Tout ce qui fait économiser du temps est payé cher. La société a augmenté ses coûts de fonctionnement avec des acteurs économiques « à l’ancienne » trop lourds, face à l’individu qui fait gagner du temps et profiter de son talent propre. Cette nouvelle économie achète du temps (Uber), de la conversation (Blablacar), un logement personnalisé (Airbnb), de l’investissement direct (Lending Club, Kickstarter), des besoins quotidiens (Leboncoin). Internet permet de clore cette parenthèse économique et sociale, nous entrons dans l’économie à la demande, souple et agile qui redonne place à l’humain.

La France subit l’Uberisation. Chacun connait la théorie du chauffeur de taxi : « moins je travaille, plus j’augmente mes prix. Plus j’augmente mes prix, moins je travaille ». Et voila Uber. Le prix du logement atteint des sommets, les charges des hôtels grimpent : et Paris est la première ville au monde de Airbnb. Le train est de plus en plus cher et perd en fiabilité et qualité : et Blablacar se développe rapidement et pèse un sixième de la SNCF. En France, l’Uberisation est un signal faible, est une chance pour se remettre en cause. Je repars en plongée. Rendez-vous la semaine prochaine … pour démontrer l’inverse.

- page 1 de 6